Un certain samedi après-midi, il y a quelques semaines, je me baladais au centre-ville de Montréal. Nous étions fin février, une période de l’année typiquement dominée par le froid, mais le soleil offrait généreusement de la chaleur pour rendre cette journée de sortie plaisante. De tous les magasins visités, il y en a un qui m’a non seulement impressionné par son style, mais a combiné certains de mes passe-temps préférés : montres-bracelets et James Bond.
Tissot, marque méconnue
C’était après avoir fréquenté les pantalons et chemises à Simons que je me suis soudainement rappelé l’ouverture récente d’un magasin de la marque de montres Tissot. Pas un revendeur agréé, tel que La Maison Monaco ou Assaleh, mais bien une boutique officielle représentant la grande marque suisse. D’autant plus que c’est le tout premier de ce type au Canada, point. Raison de plus pour y faire un tour.

Un problème, cependant. Tissot, pour toute son histoire, ses accomplissements et son savoir-faire, n’est pas une marque que je connais super bien. Oui, oui, fondé en 1853, mais quiconque regarde un cadran d’une Tissot le saura. Leur modèle PRX moderne fait rage depuis sa sortie en 2021. Relativement abordable pour une montre à mouvement mécanique (Powermatic 80, mais on peut se procurer une version quartz), bracelet intégré au boîtier, valeur sûre et fiable. Mais, pour être franc, les pièces avec des bracelets intégrés ne viennent pas me chercher. Puisque c’est la PRX dont j’entends parler le plus souvent, j’ai arrêté de prêter attention à la marque entière.
Erreur.
Il fallait que je me prépare. On ne visite pas une boutique de montres sans poser aucune notion. Même quelques questions d’une simplicité enfantine sont nécessaires. Téléphone mobile en main, je suis allé sur le site officiel et un modèle m’a sauté aux yeux: la PR516. Plus particulièrement celle avec le cadran d’un vert forêt.
À la découverte de la PR516
Équipé de quelques caractéristiques d’une montre qui me paraissait très belle, même en photo perfectionnée en post-production, je me suis pointé à la boutique au Centre-Eaton (la partie qui fut Les Ailes de la Mode à l’époque).

Belle surprise, il y avait d’autres visiteurs qui admiraient les pièces. Ça aurait été triste d’être le seul en plein samedi après-midi, même s’il est vrai que les chiffres des ventes ne sont pas comme avant. Même la Fédération de l’industrie horlogère suisse en fait le constat, du moins en ce qui concerne les exportations.
Un jeune vendeur, dont je n’ai pas capté le nom, s’est approché de moi. Deux constats : il était vraiment jeune. Du genre, je devinerai qu’il était au baccalauréat à l’université. De deux, bien habillé, avec un complet qui lui faisait juste assez bien.
Vendeur : Bonjour, monsieur.
Moi : Bonjour.
Vendeur : Je peux vous aider?
Moi (qui essaie de me souvenir de mes questions) : Oui, bien que je ne compte pas acheter aujourd’hui, Tissot est une marque avec laquelle j’aimerais me familiariser un peu plus. Vous avez le, euh…le….PR516, je crois?
Vendeur : Bien sûr. Par ici…
À partir de là, nous avons jasé de certaines caractéristiques du modèle. Elle est, elle aussi, équipée de la Powermatic 80, un calibre très fiable, bien qu’il ne soit jamais confondu avec la haute horlogerie. Le balancier-spiral (élément clé d’une montre pour régulariser le rythme de la mécanique) est fait de « nivochron ™ », à base de titane, et résiste aux champs magnétiques de nos appareils tels que les téléphones mobiles. Étanchéité de 100 mètres (ou 10 barres). De l’information pertinente qui met en valeur une pièce qui, en personne, est vraiment superbe.

La montre de James Bond
Mais le coup de grâce était tout à fait inattendu. Soudainement, ce jeune à qui j’aurais pu être le père si j’avais eu un gosse à 20 ans me raconte que Roger Moore a porté la version originale de la PR516 quand il incarnait le rôle de James Bond dans Vivre et laisser mourir (1973). Bon, déjà, comment ce petit mec connaît Roger Moore? Aussi, de quoi parle-t-il? Quelle montre Tissot dans Vivre et laisser mourir?
Moi : « Ce n’est pas une Rolex qu’il porte dans ce film? »
Vendeur : « Oui, c’est vrai qu’il porte une Rolex, mais cette marque n’a jamais payé pour être un commanditaire dans les films 007. »
C’était de l’information qui m’était connue, mais bravo au jeune homme d’avoir su cela. On l’a bien formé.
Vendeur : « Il porte aussi une Pulsar avec un écran digital »
Moi : « Oui, au début du film. Je m’en souviens bien. Mais la PR516, Moore la portait durant les pauses sur le plateau de tournage ou vraiment dans le film quand il incarnait Bond? »
Vendeur : « Non, dans le film même quand il est en bateau. »
Là, mon cerveau essaie de se souvenir des scènes et séquences en bateau du film. Pas celle quand il arrive à l’île-nation fictive de San Monique pour la première fois. Certainement pas à la fin quand il y retourne pour la mission finale. Non, ça ne peut être que lors de la poursuite légendaire dans les marécages de la Louisiane. Recherche rapido sur Internet faite, il s’avère que oui, Moore portait une version de la PR516.

Qui plus est, son 007 l’a toujours au poignet lors de la séquence au petit aéroport avec la pauvre Madame Bell pour qui son cours de pilote a pris un sens dessus dessous.
En aucun moment la caméra ne se concentre sur la montre. Nous n’avons jamais une belle vue de la Tissot. Toutefois, elle est bien là. Et même si c’est non voulu — certains disent que la Rolex n’était pas accessible lors de ces jours de tournage, alors que d’autres disent que c’était la montre personnelle de Moore — c’est quand même particulier que la PR516 soit rarement mentionnée parmi les montres de James Bond. Bien entendu, une Tissot n’est pas une Rolex ou une Omega, mais quand même.
Dilemme privilégié
Cet événement a produit une certaine crise de conscience chez moi. Cela fait quelques années que je ne me suis procuré aucune montre. Celle que j’ai à l’œil est la Seiko Prospex Alpinist (SPB121J1). Mais la Tissot PR 516 vient de chambouler les cartes.
Que faire? Que faire?!?
Une décision particulièrement difficile, je sais. La montre convoitée depuis plus d’un an ou celle qui a naturellement attiré mon regard que Bond porte dans un de mes films préférés?
À suivre.

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