Cette semaine, celle qui a débuté le lundi 23 mars, a servi de rappel. Deux rappels, à vrai dire. Premièrement, plus je consomme l’actualité, plus il m’est possible de distinguer les analyses et débats qui font du sens et ceux qui en font moins. Deuxièmement, il est totalement acceptable d’être à l’aise avec son opinion à soi, c’est-à-dire que la conversation passe « à côté de la plaque ».
Tragédie à l’aéroport de LaGuardia
L’événement s’est déroulé si tard le dimanche 22 mars que la plupart d’entre nous vivant dans le fuseau horaire de l’Est l’ont su seulement le lundi matin. Je parle de l’accident tragique survenu à l’aéroport LaGuardia à New York. Au moment de l’atterrissage un avion d’Air Canada est entré en collision avec un camion de pompiers sur l’une des pistes.
Le camion avait pourtant reçu l’aval de la tour de contrôle pour passer, bien qu’un avion arrive au même moment. Dans les secondes qui ont suivi, c’est l’instruction contraire que la tour a frénétiquement voulu faire comprendre au camion, mais en vain. Il y a eu un problème flagrant, soit de communication, soit décisionnel. Le résultat est que le devant du transporteur Bombardier a été complètement défoncé par le choc.
À qui la faute? Cela reste à déterminer au moment d’écrire ces lignes.
Par miracle, aucun passager n’est mort, mais malheureusement les deux pilotes n’ont pas connu cette chance. L’un, Mackenzie Gunther, était un Ontarien. L’autre, Antoine Forest, était un Québécois.
Jeudi, les dépouilles des pilotes sont arrivées au Canada. Les restes de Gunther en premier à Ottawa, et ceux de Forest plus tard, à Montréal. Dans une cérémonie aussi touchante que solennelle, des centaines de pilotes ont rendu hommage à Forest et Gunther à l’extérieur du siège social de la compagnie aérienne situé à Montréal.
Les vraies choses
Dans les quelques jours suivant la tragédie les médias québécois et canadien, pour n’en citer que deux, se sont attardé à rapporter les faits, en creuser pour plus, et poser les questions cruciales. Notamment, pourquoi cela est-il arrivé?
Il y a même eu des reportages inquiétants quant aux incursions sur les pistes d’aéroports canadiens par des personnes ou des véhicules. Selon le Bureau de la Sécurité du Transport (BST) – une entité fédérale – ces chiffres étaient à la hausse en 2024. Pas tout à fait ce que l’on aimerait apprendre après que deux pilotes sont anéantis à cause d’un camion au moment de l’atterrissage, même en cas d’urgence apparente.
Deux familles ainsi que les proches des défunts sont en deuil actuellement. Il est primordial de respecter leur situation crève-cœur. Pendant ce temps, les investigations et analyses poursuivront. Que le travail des journalistes s’ensuit afin de mettre le public à l’affût de la situation.
Where it gets uncomfortable
Avec un sous-titre pareil, vous savez très bien à quoi je fais allusion. Le PDG d’Air Canada Michael Rousseau a fait une sortie après la mort de ses deux employés. Plus précisément, il a enregistré une vidéodans laquelle il offre ses sympathies aux proches des défunts.
Il fallait le faire. Ce n’est pas sujet à débat. Cependant, plusieurs ont vite remarqué que son message n’était qu’en anglais, à l’exception d’un « bonjour » au début et d’un petit « merci » pour conclure.
Est-ce dommage que le PDG d’une compagnie aussi importante à l’échelle nationale – d’un pays officiellement bilingue – ne puisse offrir ses condoléances et son support que dans seulement une des deux langues? Oui, absolument. Qui plus est, M. Rousseau habite Montréal, une métropole québécoise. D’ailleurs, le siège social d’Air Canada y est installé.
Cela dit, depuis environ mercredi, j’ai fortement l’impression que les gens, tant le commun des mortels que les journalistes et analystes, s’attardent beaucoup plus sur la sortie en anglais de Rousseau que sur l’accident de dimanche dernier à LaGuardia. Je n’ai même pas à insérer d’hyperliens ici. Faites simplement une recherche sur Google avec « Michael Rousseau » et constatez les résultats.
Est-ce qu’un(e) chef de direction qui, il y a 5 ans déjà, démontrait une maîtrise décevante du français devrait faire mieux? Sans aucun doute. Mais de là à changer le sujet de conversation des détails critiques pour comprendre une tragédie et en éviter d’autres pour des demandes de démission d’une personne dont le français est trop pourri, je sais pas. Respirons un peu.
Peut-on commencer par savoir pourquoi deux personnes sont mortes? Deux personnes qui, si l’on comprend bien leur dernier acte, ont probablement sauvé la vie de littéralement chaque individu à bord de l’aéronef? Tel que cité ci-dessus, le BST juge qu’il y a trop d’incursions sur les pistes ces dernières années.
Considérez ce qui a fait les manchettes durant cette dernière semaine complète de mars. Il y a une guerre en Iran, le prix du pétrole grimpe à une vitesse fulgurante, le Canada annonce avoir finalement respecté son engagement pour des dépenses militaires (2% de son PIB), un parti politique fédéral choisi son chef ce week-end (le NPD), un parti politique provincial est en train de choisir son prochain (la CAQ), des dizaines d’élections et de référendums importants à travers l’Europe qui font pencher l’échiquier politique, la mairesse de Montréal a lancé un cri de cœur après la mort de deux itinérants, mais attention! Il faut que Michael Rousseau démissionne. His French sucks.
J’ai l’impression d’exister dans un monde irréel. Il y a une déconnexion entre mon cerveau et ceux d’un nombre impressionnant de membres des médias. Pour ma part, j’aimerais savoir si les compagnies aériennes, les pilotes, techniciens et contrôleurs des aéroports font de leur mieux pour que tout se passe bien.
Sorry pardon.

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