De la Terre à la Lune

Le 1er avril dernier, la NASA a lancé son projet Artémis II dans les astres pour faire le tour de la Lune. Un travail sans relâche par l’institut aérospatial avec comme objectif un premier voyage vers notre satellite naturel depuis 1972 (Apollo 17). D’ailleurs, le quatuor de cosmonautes, aidé par des outils technologiques merveilleux, a déjà pris plusieurs photos à couper le souffle. Pourquoi cette mission est-elle intéressante?

C’est cool

Oui, c’est cool. Voilà. Quiconque a visionné le décollage, en direct ou en différé, a pu admirer l’aspect titanesque de ce projet. Les vérifications effectuées par les contrôleurs, le travail ardu des ingénieurs, la communication entre les parties jusqu’aux dernières minutes avant le lancement, etc. 

Le concept de cette nouvelle fusée, encouragé au départ par la propulsion de rockets, le trajet emprunté par la navette qui prend en compte les orbites de notre planète et de la Lune, que quatre astronautes peuvent siéger dans la capsule Orion et non seulement trois, que c’est la première mission de ce type en plus de 50 ans.

image courtesy of NASA

C’est aussi encourageant de savoir que l’être humain est en mesure d’accomplir un tel projet et d’y pondre une version pour laquelle des principaux acteurs seront en toute sécurité pendant les 10 jours que dureront l’escapade. La notion de voir la Terre toute petite comme elle est comparée à la grandiosité de l’espace, ça porte à réflexion. Cela rend humble.

Des premières

L’équipe qui voyage dans la capsule Orion est formée de quatre individus. On y trouve le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover et deux spécialistes, Christina Kock et Jeremy Hansen. 

Ce dernier se trouve être la première personne originaire d’un pays autre que les États-Unis à partir en direction de la Lune puisqu’il est canadien (né à Londres, Ontario). Il est le produit de l’Agence spatiale canadienne (ASC). Koch est la première femme à occuper ce rôle, et Glover est le premier homme noir à le faire. Certes, il n’y aura pas d’alunissage, mais c’est tout de même marquant.

Ça en dit long sur comment les tendances et les attentes ont changé durant les derniers siècles. Avec de l’effort (énormément), de la concentration (infiniment) et un désir intransigeant, n’importe qui peut faire le tour de ce fameux satellite gris.

Qui plus est, au moment où Orion a passé de l’autre côté de la Lune, ce fut la plus longue distance séparantune navette de la Terre. On parle ici de 406 771 km. Une distance époustouflante. Et dire qu’au bout d’une dizaine de jours les astronautes seront de retour au bercail.

Et ce n’est pas tout. En fracassant ce record, cela a permis à l’équipage d’être les premiers à admirer la fameuse face cachée de la Lune.  Des analyses à faire fondre le cerveau du commun des mortels s’ensuivront sûrement. 

Le volet politique

De toutes les personnes qui ancreraient cette mission dans son contexte politique, Neil deGrasse Tyson n’était pas le premier nom qui me serait venu à l’esprit.

Le fameux astrophysicien américain a mentionné sur plusieurs plateformes, dont en entrevue avec la CBC le 6 avril, qu’il ne faut pas être dupe quant au volet politique d’Artemis II. Plusieurs aiment croire – puisque c’est très réconfortant – que le projet Apollo était né d’un altruisme pur. 

Pas du tout. Au contraire, même le discours historique du président Kennedy « We choose to go to the Moon » fait allusion, bien que subtilement, à la réalité que ces terribles rivaux, les Soviétiques, sont, eux aussi, pas mal efficaces à lancer des choses dans l’espace. Le but était donc d’assurer que ce seraient les États-Unis et non l’U.R.S.S. qui mettraient pied sur le sol lunaire en premier. Tu parles d’une course complètement hallucinante et inspirante, mais quand même plongée dans la politique de la guerre froide.

image courtesy of NASA

D’où, toujours selon Tyson, pourquoi les missions Apollo se sont conclues au début des années 70. Cette bataille était gagnée. Pourquoi alors investir encore d’argent sur quelque chose pour lequel les Américains ont clairement démontré leur supériorité?

Mais plus le temps passe, plus les paramètres peuvent être modifiés. C’est ici que la Chine embarque dans l’histoire. Ce pays, déjà une superpuissance économique sous la direction de Xi Jinping, envisage un alunissage vers 2030. Elle y a déjà envoyé des satellites. Du point de vue de l’Occident – principalement des États-Unis – cela a de quoi inquiéter. 

Est-ce véritablement inquiétant?  Cela dépend de sa vision du monde. L’Homme est-il suffisamment taré pour démarrer une compétition lucrative et de militarisme pour l’espace? Peut-être. J’espère que non, mais il ne faut jamais sous-estimer notre naïveté collective.

Bref, l’argument étant que la NASA a mis le pied sur le gaz du moment que la Chine a annoncé avoir sa tête « dans la Lune ».

Est-ce une douche froide sur un épisode de 2026 qui devrait simplement faire sourire? Surtout dans une année qui déprime?  Oui, en quelque sorte. En même temps, c’est la réalité de la situation. Dire que c’est faux serait, eh bien, faux.

N’empêche, saluons l’ingéniosité de ces bolés qui savent calculer des équations que 95% de la race humaine trouve incalculable. Saluons la bravoure et le courage du concept d’Artémis II – Artémis étant la déesse grecque de la chasse, entre autres. Surtout, passons le bonjour au quatuor en regardant la Lune pendant quelques nuits encore.

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