Les matins, dans les minutes qui suivent l’ouverture laborieuse de mes yeux, j’ai tendance à allumer l’écran de mon téléphone mobile pour lire un site d’actualités. Le choix est parfois aléatoire, mais la plupart du temps, compte tenu du fait que mon cerveau n’est pas encore pleinement opérationnel, je ne me casse pas trop la tête en me contentant de La Presse. Cette dernière est un pilier du journalisme dans la grande région de Montréal et au Québec.
Dans tous les cas, ce quotidien couvre non seulement les péripéties de la métropole québécoise et de la province, mais celles du pays en entier, ainsi qu’à l’échelle internationale. Tout ceci pour dire que, lorsqu’une guerre éclate quelque part dans le monde ou que le président des États-Unis Donald Trump dit ou commet un autre geste qui fait jaser, eh bien, ça fait jaser à La Presse. Bref, ce service d’information nous tient relativement bien informés.
C’est justement grâce à La Presse (j’admire aussi DW, CBC/Radio-Canada, et BBC, pour en nommer quelques exemples) que j’ai su, soit dans les minutes ou les heures après publication, l’intervention des É.-U. au Venezuela, l’explosion des manifestations en Iran, que le premier ministre du Québec François Legault tirera sa révérence, etc. Notez que ce sont tous des événements très mouvementés, qui surprennent et dans certains cas choquent. D’ailleurs, ce sont toutes des nouvelles de janvier 2026. Au moment de rédiger ces lignes il reste encore une semaine entière avant la fin du mois. Pas évident comme début d’année.
D’où pourquoi j’ai bénéficié d’un plaisir délicat à jeter un regard sur un petit dossier de deux articles le dimanche 25 janvier. La journaliste Marie-Ève Cousineau et le photographe Édouard Plante-Fréchette venaient de visiter une pharmacie à Chicoutimi. L’objectif était de passer en entrevue un pharmacien en laboratoire qui entame une vision différente de la manière de rendre service aux gens qui n’ont pas de médecin de famille.
Je vous laisse consulter les articles pour saisir tous les détails, mais l’essentiel est que trop de gens malades sont laissés pour eux-mêmes dans un système de santé qui, en théorie, a de bonnes idées et de bonnes intentions, mais en pratique traite trop souvent ces mêmes personnes comme des balles de tennis – notamment entre le Guichet d’accès à la première ligne (GAP) et les urgences.
Ce pharmacien, Kevin Girard, avec l’aide d’infirmières et en réorganisant la façon dont opère le laboratoire, a compris qu’il fallait aller au-delà de son mandat. Il offre du soutien aux clients-patients (je ne savais pas que le mot « patientèle » existait) pour des prises de rendez-vous médicaux auprès du GAP, prises de sang, et pour les informer quand il faut ajuster la médicamentation. Toujours selon le reportage, M. Girard aurait pris en charge environ 500 personnes en manque de médecin de famille. 500, c’est un très gros chiffre. Lui et son équipe ne peuvent pas changer le monde, ni prendre toutes les responsabilités des médecins (bien que le projet de loi 67 en confie plus aux pharmaciens). N’empêche, que M. Girard et ses collègues à Chicoutimi aient pris le pouls de la situation et déterminé que, même si leur opération ne générera pas un profit important, il fallait le faire pour le bien de la population, c’est honorable de le souligner.
Je ne m’y connais point en médecine et comprends à peine comment fonctionne une pharmacie, mais comme le commun des mortels habitant au Québec, je suis conscient que le système de santé n’est pas en pleine forme. Et ne parlons pas de la saga des négociations sur la rémunération des médecins qui aurait, entre autres, eu raison du gouvernement provincial actuel. Prendre connaissance de l’initiative de M. Girard et de son entourage professionnel a eu l’effet de… eh bien, l’effet d’un médicament, quoi. Je me sentais mieux. Mieux pendant quelques minutes, quelques heures.
La lecture de ce qui s’est passé dans l’état du Minnesota cette fin de semaine a encouragé un petit combat dans l’âme, à savoir qui l’emportera : la déprime ou le bonheur relatif. Mais me voici plusieurs heures plus tard et je retiens encore ce reportage. À un point tel que je trouvais pertinente la rédaction de cet article pour cristalliser son effet positif. Une équipe est sortie de son encadrement typique pour la simple et bonne raison que des personnes malades ayant besoin de suivi et de conseils manquaient de lumière pour les guider. Le système de santé au Québec a une taille monumentale et est d’une complexité intimidante. Parfois il manque d’humanisme. Mais M. Girard à la pharmacie de Chicoutimi est là.
Bravo à Kevin Girard et son équipe. Vous soignez non seulement ceux et celles toujours en attente de médecins de famille, mais des gens qui n’habitent pas votre région. Des gens qui ne sont pas visiblement malades, mais qui peuvent bénéficier d’un petit coup de pouce émotionnel et psychologique en ce début de 2026 qui nous met au défi.
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