L’effet de lire de la philosophie

Je ne suis pas un adepte de la philosophie. Ce n’est pas dans mes habitudes, mis à part de rares occasions quand je me suis aventuré dans ce monde qui m’est largement méconnu. Hagakure, de Yamamoto Tsunetomo en est un exemple. Cela dit, un nom qui revient souvent lorsqu’il est question de philosophie est celui du Français Jean-Paul Sartre. Pourquoi lui? Je n’en suis pas certain mais c’est ce nom-là dont j’entends parler. De ce fait, j’ai récemment plongé dans Plaidoyer pour les intellectuels.

Pourquoi la philosophie? Pourquoi pas?

« La philosophie ou non? Telle est la question ». Pour la majeure partie de ma vie, la réponse fut « non ». Un souvenir qui est resté avec moi, un épisode formateur pour mon manque d’intérêt pour cette discipline, s’est produit à l’école. C’était au CÉGEP (et ça fait très longtemps que j’ai terminé cette étape!) quand j’ai pris mon tout premier cours de philosophie. 

Bien que quelques notions aient été pertinentes, je trouvais que c’était énormément de bla-bla pour communiquer des idées qui pouvaient être résumées en quelques phrases. Qui plus est, la majorité des notions étaient sujettes à débat. Ce n’est pas une critique en soi. Bien au contraire, cela encourage les échanges d’idées et d’interprétations.

Toutefois, ça n’aidait pas à rédiger les réponses aux examens. J’ai des souvenirs très précis de recevoir des corrections avec des commentaires tels que « bien dit! », « très bon point! », « excellente remarque! » avec une note finale de 70% ou 75%. Où est-ce que je perdais jusqu’à 30% des points? Aucune idée.  

Eh bien, franchement, au lieu de débattre de la note avec la professeure, j’ai baissé les bras. Ce n’est pas comme un examen de mathématiques. 2 plus 2 font 4. Ce n’est pas un examen de français. La grammaire est exacte. Ce n’est pas un test de géographie. Kingston est la ville capitale de la Jamaïque, aucune autre. En philosophie, apparemment on peut donner des réponses « vraiment intéressantes » et recevoir à peine la note de passage. 

Ce n’était pas pour moi.

Sartre : Pensées existentialistes

Une expérience médiocre à l’école il y a quelques décennies n’est pas une raison pour abandonner un sujet tout entier. 

Il s’avère que je ne prête pas assez d’attention aux livres que je me procure. Plaidoyer pour les intellectuels n’est pas une œuvre écrite dans le sens propre du terme, mais plutôt une collection de trois discours que Sartre a donnés comme invité au Japon en 1966. Le Français a fait couler beaucoup d’encre, il faut le dire. Huis clos (1945), Les Mots (1964), La Nausée (1938), pour n’en nommer que trois de ses plus célèbres livres. Pas tous des recueils de pensées philosophiques, La Nausée étant un roman et Les Mots une autobiographie. 

Parmi tous les bouquins que j’aurais pu me procurer, le hasard et mon inattention ont voulu que le premier soit des conférences transposées sur papier. Mais bon.

Qui était Sartre (1905-1980)? Français, dramaturge, intellectuel, socialiste (marxiste?), partisan des opprimés de ce monde, copain de Simone de Beauvoir. Ces caractéristiques, la plupart communiquées dans une préface signée Gérard Noiriel, renseignent le lecteur aventurier sur la vision du monde de l’orateur. Plus que tout autre chose – de ce que j’ai pu comprendre – Sartre était existentialiste. 

Qu’est-ce que l’existentialisme? Le dictionnaire Larousse définit ce sujet comme:  « doctrine philosophique qui met l’accent sur le vécu humain plutôt que sur l’être et qui affirme l’identité de l’existence et de l’essence, ou leur parfaite complémentarité ».

Simple mais compliqué, quoi. Bref, le sens de l’existence. La condition humaine, avec une interprétation axée sur le vécu, ou ce que l’intellectuel observe du vécu.

Plaidoyer pour comprendre le texte

Ai-je saisi le (les) texte en entier? Non, loin de là. Sartre parle, parle et parle, etc. 

Je lui accorde ce point : il est super bien éduqué. Pour maîtriser la langue française comme il le démontre, cela demande des années de lectures sérieuses, de prêter attention particulière aux synonymes, antonymes, temps des verbes, et ainsi de suite. 

Qui plus est, il cite des exemples concrets pour marteler certains points, comme « l’affaire Dreyfus » qui démontrait, selon le conférencier, le clivage chez les intellectuels en France à la fin du 19e siècle. Il est très bien renseigné. Cultivé. 

Sa définition d’un intellectuel est intrigante. Un « technicien du savoir ». Un intellectuel émerge d’une classe bien instruite, souvent bien soutenu financièrement. De la classe moyenne pour ne pas dire de la bourgeoisie. 

À cause de ce dernier, il est crucial de faire la distinction entre un faux intellectuel et un vrai. Puisque l’intellectuel est né d’une classe favorisée, si ce dernier ou cette dernière désire véritablement « philosopher » en faveur des plus démunis, cet individu se doit de s’autocritiquer. Essentiellement, il/elle doit se distancer de la classe d’où il/elle a été moulé(e). Le paradoxe est que sa classe originale se sentira trahie alors que la classe des masses ne lui fera pas confiance. À qui parle-t-il? À tout le monde, même si personne ne veut l’écouter.

Quant à lui, le faux intellectuel n’arrivera pas (ou ne voudra pas) à se dissocier de cette classe bourgeoise. Il dira qu’il observe et analyse les faits d’un point de vue objectif (Sartre parle beaucoup d’une fausse « universalité ») mais cela est inutile, voire hypocrite, car dans la lutte des classes, une prise de position – et donc une prise de conscience – est essentielle pour vraiment apprécier et croire en ce à quoi aspire la classe dominée.

Sincèrement, j’ai trouvé ça intéressant.

Du charabia

Par contre, la troisième partie – et donc la troisième conférence – au sujet de l’écrivain, ayoye. J’ai relu des paragraphes et des pages mais je n’ai presque rien compris. Vers la toute fin, Sartre conclut que l’écrivain est effectivement un intellectuel par « son essence ». Ok. 

Pourquoi? 

Parce que les mots ont des sens, et le « tout » a un sens, mais ce sens peut être décousu ou que sais-je. Quelque chose en lien avec le sens des mots. Oui, connaître ce que veut dire tel mot est important. On passe au suivant.

La lecture terminée, j’ai eu des sentiments mitigés. Certains passages étaient fort pertinents, alors que d’autres donnaient l’impression que Sartre espérait qu’un infime pourcentage de la race humaine comprenait ce qu’il cherchait à dire. Beau parleur, mais il parle trop.

Verdict? 70%

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