Steven Guilbeault et l’honnêteté politique

Ça prend du courage de consacrer une partie de sa vie à l’arène politique. Sacrifier presque tous les moments privés dont le commun des mortels bénéficie. Constamment avoir le projecteur des médias et du public braqué sur soi. Être questionné, critiqué, pour ne pas dire insulté, presque tous les jours. Et pourquoi? Afin de « servir le bien public ». Ce qui doit prendre encore plus de courage est le désir de demeurer honnête. C’est ce que Steven Guilbeault du Parti Libéral du Canada (PLC) a démontré cette semaine en annonçant qu’il quitte la vie politique à la fin de la session parlementaire actuelle.

Lutter pour ses valeurs

Guilbeault, originaire de La Tuque, représente la circonscription de Laurier-Sainte-Marie à Montréal depuis 2019. C’est sous la bannière du PLC, mais à l’époque les troupes étaient dirigées par le Premier ministre Justin Trudeau. Ce dernier se tenait beaucoup plus à gauche sur l’échiquier politique que son successeur Mark Carney, notamment en matière de protection de l’environnement.

L’environnement et les changements climatiques constituent justement la vocation de M. Guilbeault. Il milite pour des mesures concrètes pour contrer les gaz à effet de serre et les autres défis de ce type depuis les années 1990. C’est en 1993 qu’il cofonde l’organisation à but non lucratif Équiterre. Il y travaillera jusqu’en 2018, tout juste avant de faire le saut en politique. Le militant a aussi prêté sa main à Greenpeace durant plusieurs années.

De toute évidence, Guilbeault a fait un choix concret de dédier sa vie à faire en sorte que l’environnement du Québec, du Canada et de la planète demeure en santé. 

Même des coups spectaculaires pour attirer l’attention du public étaient permis, comme son escalade de la Tour CN en 2001.

La « belle époque » Trudeau

Au sein de l’équipe Trudeau, Guilbeault a débuté en occupant le poste de ministre du Patrimoine canadien de 2019 à 2021. Mais c’est surtout celle de ministre de l’Environnement et du Changement climatique (2021 à 2025) qui marquera sa carrière à Ottawa. Certains et certaines rêvent d’être Premier ministre, ministre des Finances, ministre des Affaires étrangères. Pour Guilbeault, occuper le poste ministériel dédié aux changements climatiques équivalait peut-être à gagner la loterie ou la Coupe Stanley.

Taxe de carbone, cibles ambitieuses pour réduire le réchauffement de la température et les émissions de gaz à effet de serre, plans pour électrifier les automobiles, toutes des stratégies qui peuvent être discutées et débattues. Cependant, tous seront d’accord que ce que l’ère Trudeau-Guilbeault a essayé d’accomplir était, sans équivoque, en faveur de l’environnement.

Le PLC change son fusil d’épaule

Mais avec l’arrivée de Mark Carney sur la scène (qui, d’ailleurs, avait été l’Envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique), tout a changé. Abolition de la taxe de carbone pour les consommateurs, construction de pipelines en Alberta, mise sur l’exportation des ressources naturelles, dont certaines sont néfastes pour le climat.

Une fois de plus, des choix qui ont leurs mérites et leurs points faibles et donc peuvent être débattus. Mais tout comme il était évident que la vision Trudeau-Guilbeault était 100% pour l’environnement, ce qu’espère accomplir le PLC sous la direction du Premier ministre actuel l’est moins. Du moins, si la version actuelle du parti au pouvoir tient à cœur les changements climatiques, elle est assez médiocre quand vient le temps de le démontrer.

Dès la victoire électorale d’avril 2025 du PLC, Guilbeault n’était plus ministre de l’Environnement, une décision qui en disait long.

Guilbeault dit ne pas se sentir « trahi ». Tant mieux pour lui. En même temps, il a été tellement honnête depuis quelques mois avec ses sorties publiques qu’on se demande s’il ne s’est pas gardé une petite gêne. Le PLC n’est plus celui qu’il reconnaît, mais pas la peine de brûler tous les ponts.  

Cet article n’ira pas beaucoup plus loin. En réalité, je cherchais seulement à rédiger quelques lignes pour saluer le courage et, surtout, l’honnêteté de Steven Guilbeault. 

Le gouvernement prend des décisions qui vont à l’encontre de ses valeurs, de son combat qui dure depuis des décennies. Pourquoi rester? Multiples sont les organismes à thématique climatique qui le recevront à bras ouverts. 

Guilbeault a dit « non » à des choix importants auxquels il ne croit pas. La lutte continuera sous une autre forme et dans une autre arène. Mais contrairement à plusieurs libéraux qui jouent le jeu politique (c’est leur carrière, après tout), celui-ci était tellement tanné qu’il a tiré sa révérence.

D’accord ou non avec l’époque Trudeau-Guilbeault, respectons sa décision de ne pas laisser ses valeurs être corrompues.

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