Une conférence devant les médias par le Service de Police de Montréal SPVM, tard un vendredi soir, ce n’est pas à chaque semaine. C’est pourtant ce qui s’est produit la nuit du 12 juin dernier, alors que le chef du SPVM Fady Dagher a annoncé une enquête sur des comportements racistes de la part de policiers du Poste 39 dans Montréal-Nord. Et donc un très vieux refrain est repris : la relation tendue entre les forces de l’ordre et les communautés racisées.
Nouvelle choquante
La réalité est que, malgré que la nouvelle choquait, elle n’était point surprenante. Il y a eu des rapports détaillés et indépendants publiés par le passé concernant le profilage racial commis par les services de police. Par exemple, celui-ci d’août 2019 rédigé par des chercheurs de l’Université de Montréal, l’Université du Québec à Montréal, et l’Université TELUQ.
De quoi s’agissait-t-il cette fois? En bref, 16 policiers du Poste 39 sont les cibles d’une enquête interne pour avoir coordonnées des actes d’intimidations et de racisme auprès de citoyens noirs et arabes dans Montréal-Nord. Il semblerait que, parmi les gestes provocateurs et offensants, des patrouilleurs de nuits auraient récoltés des bouts de cheveux de personnes noires (des tresses rastas). Tel un chasseur contre une proie, quoi.
Lire une telle nouvelle est frustrante, décevante et embarrassante. Fady Dagher lui-même a exprimé son dégout. C’est le chef de la police, après tout. Savoir que ses propres troupes choisissent de faire fi du devoir moral et de justice de l’organisation doit être révoltant.

Donc de tels gestes se posaient par la police en 2026 puisque l’enquête avait commencé en mars grâce à des lanceurs d’alerte à l’interne. Tel que mentionné ci-dessus, il y avait déjà un rapport sur le même sujet en 2019, donc ça se déroulait à l’époque aussi.
N’oublions pas la tragédie de Fredy Villanueva en 2008.
Et ainsi de suite.
Dégoût et peu de solutions
Depuis le 12 juin, beaucoup d’encre a coulé. C’est normal, compte tenu du sujet.
Mais comme on vient tout juste de le dire, cela fait des années, voir des décennies que l’encre coule à ce sujet. Rien ne semble changer.
Qui plus est, le racisme qui existe au sein d’institutions et d’organismes comme le SPVM se renouvèle, comme un abonnement. Chaque nouvelle génération et comme une nouvelle saison.
Le quotidien La Presse a parlé avec des experts cette semaine au sujet de la formation obligatoire que doivent suivre les cadets. Les informations requises pour sensibilisés les agents sur les communautés culturelles sont communiquées par les formateurs. Là n’est pas la question. Mais une fois intégré dans l’équipe au poste, une influence négative, tel un cancer qui ne meurt jamais, déstabilise la boussole morale.
Les préjugés, l’absence d’ouverture d’esprit, la méfiance, le dégoût d’autrui, tout ceci est transmis de génération en génération, que l’on parle au sein de familles, quartiers, villes, ou d’organismes.

Dans le cas d’une force policière comme le SPVM, il s’agit d’une « culture organisationnelle ». Vous savez, ce fameux terme que tour le monde dit, institutional racism? C’est un peu ça.
La source du problème vient de l’intérieur et donc la solution aussi. Pour cette dernière, ça prend de la volonté. Le chef du SPVM semble en avoir. Tant mieux, mais ce n’est pas lui qui donne la formation aux recrus. Qui dit « organisationnelle » dit de long en large.
Tests psychométriques, révision des règles de l’art, ajustements dans le recrutement, etc. Ce sont tous des idées avec du potentielle. Au final, ça prend du monde avec une bonne tête sur les épaules.
Et pourtant, ça semble difficile en trouver parmi les candidatures.
Que doivent penser les communautés visées?
C’est certainement pas moi qui va leur dire quoi penser, en tout cas. Si leur confiance fragile envers la police vient de prendre un autre sacré coup, personne ne peut leur en blâmer.
Quand il y un vol, on appelle la police. Quand il y a danger, on appelle la police.
Les gens de Montréal-Nord et des autres quartiers de la ville n’arrêterons certainement pas de faire appel à la SPVM lorsque les circonstances le requièrent. Mais le feront-ils avec un soupçon d’hésitations? Ça se peut. Seront-ils reconnaissants de se faire servir tout en demeurant vigilant? Il y a des bonnes chances.
Ce n’est pas au commun des mortels de faire changer l’attitude de la police, bien que ce n’est jamais une mauvaise idée d’être éduquée sur comment se comporter quand la police interpelle. La majorité des gens le savent déjà. À moins d’être un vrai imbécile, personne ne fera des conneries devant ni contre un flic.
La responsabilité pour réparer cette relation délicate repose entièrement sur les épaules du SPVM, ni plus ni moins. Dire que ce ne sont pas tous les agents qui se comportent ainsi et d’une évidence crasse. Ça aussi, tout le monde le sait.
Le problème et qu’il est impossible de savoir, avant qu’il ne soit trop tard, lesquels de ces policiers sont méchants et lesquels sont bons.
Le fardeau est considérable, pour ne pas dire monumental. Mais c’est non négociable. Ça ne peut pas continuer ainsi, avec aussi peu de confiance exprimée par des citoyens envers ceux et celles qui, théoriquement, sont là pour assurer leur bien-être et sécurité.

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