Aussi récemment qu’il y a 2 ans, c’est-à-dire l’été 2024, l’auteure Kim Thúy n’était pas sur mon radar. J’ai eu vent de son succès, notamment avec son premier roman, . Mon défi personnel étant d’accorder plus d’importance à la littérature québécoise, elle n’est pas la seule dont je connais le nom et, vaguement, la réputation, mais rien de plus. Tout a changé en 2025 et, après avoir terminé dans les derniers jours son quatrième roman, em, j’apprécie la puissance de la structure de ses œuvres.

Littérature québécoise avec saveur distinguée

Ne mâchons pas les mots : Thúy est une vedette de la littérature moderne dans la Belle Province. Née en 1968 et d’origine vietnamienne, elle habite au Québec depuis l’âge de dix ans, lorsque sa famille a abandonné le Viêt Nam, gouverné par un régime communiste à l’époque qui ne se gênait pas pour appliquer une main de fer.

Ses expériences et celles de sa famille à Granby alimentent les pages de son premier livre, . Les péripéties et personnages changent de localité entre le Viêt Nam et le Québec tout au long de la lecture. Ce va-et-vient entre les deux mondes caractérise tous ses romans rédigés seuls: Rù (2009), Man (2013), Vi (2016) et Em (2020).

Le verso de Em, éditions Libre Expression

Certes, elle a collaboré avec Pascal Janovjak sur À toi (2011), a publié une histoire pour jeunes, Le Poisson et l’oiseau (2019) et une collection de recettes intitulée Le Secret des Vietnamiennes (2017). Plus récemment, le scénario de sa pièce de théâtre Am a été transposé au format livre en 2025. Pour l’article présent, mes pensées sont inspirées par les quatre romans cités dans le paragraphe précédent. 

Mots et non des maux

Un mot peut tout changer. Choisir lequel emprunter pour produire l’effet désiré dans une phrase peut engendrer des maux de tête. Wow, quel jeu de mots.

Malgré tous les efforts pour faire un choix judicieux, l’effet qu’aura le mot en question dépendra de chaque lecteur. Une fois l’œuvre disponible pour la consommation du grand public, l’artiste peut bien s’expliquer ; cela n’empêchera pas qu’une personne ait sa réaction et sa relation intimes avec le bouquin.

Tout en acceptant cette réalité, force est d’admettre que la manière dont un écrivain structure son roman a une grande influence aussi, indépendamment des mots qui feront partie de ladite structure. D’où, selon moi, le brio du travail de Thuy. Pour comprendre pourquoi ses œuvres m’ont marqué, il est essentiel d’en connaître la structure. 

Aucun de ses romans ne dépasse 150 pages. Pour ceux qui sont allergiques à la lecture, 150 pages peuvent paraître énormes, mais pour les vétérans, ce n’est presque rien du tout (Vous avez déjà lu Victor Hugo?). Dans un sens, les histoires de Thuy vont droit au but. Les chapitres se terminent souvent avant le début d’une troisième page. Un chapitre de quatre pages est, franchement, long dans le cas de Thuy. 

Plus important encore, l’auteure possède une aptitude délicieuse pour le choix des mots. Afin de communiquer les mésaventures, les émotions, les pensées de ses personnages – principalement fictifs mais clairement inspirés du vécu d’une multitude d’immigrants vietnamiens au Québec – chaque mot prend une importance cruciale. Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’on découvre que le style de récit que raconte Mme Thuy mettra les lecteurs à la rencontre de plusieurs personnages. Il y a souvent un ou deux qui sont les principaux, mais facilement une dizaine qui sont secondaires et tertiaires.

Sa prose est parfumée de délicatesse et de choc. Des thèmes récurrents inspirent sa manière de communiquer, de faire vivre au lecteur ce qui danse dans sa tête. La nourriture, les sensations physiques, les sons, les saveurs et les odeurs sont souvent au rendez-vous pour plonger le lecteur dans l’histoire. Pas surprenant qu’elle ait aussi rédigé un livre de recettes. 

C’est surtout sa capacité de tout dire – ou presque – en si peu de mots, de phrases et de pages qui impressionne et fascine. Douceur danse avec horreur. Amour flirte avec la déception. Le confort et la crainte se regardent dans les yeux. Lire Kim Thúy est toute une expérience.

Livres de grande qualité

À l’exception de , je possède les éditions publiées par Libre Expression (ma copie de  est de Livre de Poche).

Déjà la qualité de l’impression faite par Libre Expression est impeccable. Tenant l’une de ces publications entre les mains, je sens que je possède un produit de qualité. Oui, c’est un peu étrange d’attribuer le nom commun « produit » à un livre, mais c’en est un. L’écrivaine, la maison d’édition, l’imprimeur, tout le monde veut et doit se faire quelques sous. Les dimensions sont plus grandes que celles du livre de poche typique, un artiste nommé Louis Boudreault est commissionné pour donner vie aux couvertures, et ces dernières sont imprimées avec une texture douce mais pas plate. 

À la toute dernière page d’Em, il est indiqué que c’est Marquis Imprimeur qui a été chargé de la tâche. Bravo. Bien sûr que l’aspect le plus important d’un livre c’est son contenu. N’empêche, un beau livre, un qui est plaisant à tenir dans ses mains, c’est réconfortant.

C’est avec un grand plaisir que je réalise que Thúy est maintenant une de mes auteures préférées. Homme, femme, moderne, classique, fiction ou documentaire, toutes catégories confondues. Son style, ses idées, les péripéties chargées d’émotion, ce sont les lectures parmi les plus marquantes que j’ai faites ces dernières années.

Bien qu’il me reste de ses œuvres à consommer, ce sont soit ses collaborations soit sa pièce de théâtre. Il se peut fort bien que j’en sois charmé. C’est surtout son prochain roman que j’attends avec une grande anticipation!

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