Ça y est, le Québec est en campagne électorale pour élire les membres de l’Assemblée nationale. La première ministre sortante Christine Fréchette a lancé la balle jeudi 27 août pour l’exercice qui durera jusqu’au lundi 5 octobre, jour durant lequel l’électorat se joindra aux urnes. Qui gagnera? Difficile à prédire. Non seulement les intentions de vote ont radicalement changé ces derniers mois, mais la guerre tarifaire entre le Canada et les États-Unis plane.

L’avance du PQ s’écroule

L’ayant déjà fait par le passé pour d’autres articles, je me fie de nouveau à l’excellent travail de qc125.com qui compile et, occasionnellement, commande des sondages. Sur leur page d’accueil datée du samedi 29 août, il y a un petit tableau sur le côté droit qui partage les résultats des derniers sondages réalisés par Synopsis (25 août et 8 août) et Léger (23 août et 8 août).

Le constat est impressionnant. Il y a tout juste trois semaines, le Parti Québécois (PQ) méritait 30% dans les intentions de vote et le Parti Libéral du Québec (PLQ) terminait deuxième avec 24%. La Coalition Avenir Québec (CAQ) avait remonté un peu la pente de l’époque Legault pour s’illustrer en troisième place (20%).

D’ailleurs, cela faisait des mois que les analystes et commentateurs disaient que le Québec pouvait faire face à une course à trois entre le PQ, la CAQ et le PLQ, avec le PQ bénéficiant des meilleures chances de l’emporter en octobre.

Mais voilà qu’en un rien de temps, le PLQ est relégué à la troisième place, et la CAQ, bien que deuxième, tire de l’arrière de seulement 3 points. Que s’est-il passé?

Bonne nouvelle pour le Québec, mauvaise nouvelle pour le Canada

Soyons claires. Plusieurs facteurs influencent les gens sondés. Je ne possède pas la science infuse, mais certains éléments ont assurément changé la donne. 

Premièrement, Christine Fréchette n’est pas François Legault. Remarque simpliste, oui. Le vrai message est que la première ministre sortante se présente de façon très différente devant les caméras. Son style ressemble à celui d’une cheffe d’état. Faut dire qu’elle remplit cette fonction seulement depuis le mois d’avril. C’est peu de temps pour faire sa marque, surtout que la session parlementaire s’est conclue peu après sa victoire pour la chefferie du parti. Mais en ce temps limité, elle s’est démarquée assez bien.

Le lecteur n’a qu’à consulter cette page de QC125 qui cite les résultats de sondages provinciaux des derniers mois (années, en fait). Le 21 mars, Léger affichait un sondage disant que 9% des Québécois supportaient la CAQ. Méchante différence entre 9% et 27%.

Christine Fréchette a aussi bénéficié d’une belle journée le lundi 17 août en posant pour des photos avec le premier ministre du Canada, Mark Carney, et celui de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeman. C’est le jour où une nouvelle entente pour le projet d’hydroélectricité de Churchill Falls a été annoncée. C’était l’aboutissement d’un processus extrêmement long auquel Mme Fréchette n’avait presque rien à voir, mais elle était là, à la conclusion, pour représenter le Québec.

Presque au même moment, les négociations entre le Canada et les États-Unis pour éviter une nouvelle salve de tarifs signés par Donald Trump sont tombées à l’eau à l’onzième heure. Avec cette tournure des événements, une élection imminente et aucun sondage ne donnant raison à la question sur la souveraineté, le chef péquiste, Paul St.Pierre Plamondon, a repoussé un référendum à après le départ de Trump de la Maison-Blanche. 

D’accord, mais ça va à l’encontre de ce qu’il martèle depuis la dernière campagne électorale. Ça tache l’argument selon lequel le Québec est capable de se tenir sur ses deux pieds tout seul. On peut être d’accord ou non avec le concept même d’un Québec souverain, mais la notion que le PQ met en doute la force du projet n’inspire pas confiance.

Enjeux locaux, manchettes globales

Qu’en est-il des problèmes à n’en plus finir dans le système de santé? Pourquoi y a-t-il toujours une pénurie d’enseignants? Comment la province va-t-elle accueillir l’intelligence artificielle à bras ouverts avec des centres de données? Et les routes de Montréal dans tout ça? Et le fameux troisième lien à la ville de Québec? Et la protection de la langue française? Et le coût de la vie? 

Force est de constater qu’il ne manque pas d’enjeux pour cette campagne 2026. Il y en a des dizaines que je n’ai pas mentionnés. Mme Fréchette et son équipe auront-elles les atouts nécessaires pour faire oublier assez les années Legault et ramener la CAQ au pouvoir? Ça serait une version québécoise de ce qui s’est produit sur la scène fédérale au printemps 2025 avec Carney et les Libéraux après le départ de Justin Trudeau.

Le PQ mène, mais de peu. Qui plus est, avec le référendum reporté, le parti doit obligatoirement se présenter comme une nouvelle option pour simplement gouverner. Ce n’est pas impossible. Des versions antérieures du parti ont connu du succès tout en mettant de l’eau dans leur vin (les fameuses « conditions gagnantes » que les souverainistes doivent attendre).

Et le PLQ? La pente est à pic. Peu de gens peuvent dire qu’ils connaissent véritablement son chef, Charles Milliard. Les résultats en 2022 étaient historiquement pitoyables pour la formation. Il reste autant de temps avant le 5 octobre que de travail à faire si le PLQ veut se donner une autre image que celle d’un parti qui domine l’île de Montréal et pas grand-chose d’autre; c’est-à-dire beaucoup.

Le hic est que ce qui se déroule ailleurs domine les manchettes. Trump, la Bande de Gaza, Ukraine, l’Iran, etc. C’est difficile d’avoir les cotes d’écoute en discutant du programme de congé parental. Je ne dis pas ça méchamment. Un congé parental est d’une grande importance pour une famille qui met au monde un(e) bambin. Mais Trump qui vomit sa dernière plainte sur le réseau social X, ça fait jaser plus.

D’autant plus qu’aucun des candidats qui aspirent à devenir premier ministre du Québec n’aura à lutter verbalement avec le président des États-Unis. C’est la responsabilité du premier ministre du Canada.

Dans tous les cas, la campagne a le vent dans les voiles à présent. Elle sera fascinante, du moins pour ceux et celles qui y prêteront attention. 

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