Il y a quelques semaines, je publiais sur ce blogue un genre d’amuse-bouche concernant le déclenchement de la campagne électorale au Québec. Si vous ne le saviez pas, l’électorat de la Belle Province se rendra aux urnes le 5 octobre prochain. Au moment d’écrire ces lignes, ce n’est que dans trois semaines. Je réalise toutefois que, après deux semaines et demie de campagne, je ne l’ai pas suivi autant que prévu. 

Résultat prévisible

Est-ce parce que le résultat paraît prévisible à ce stade? Possiblement. Il ne faut jamais dire jamais, mais force est de constater que dans l’arène politique québécoise, il n’y a que deux partis qui ont des chances concrètes de l’emporter. Même à ça, dire qu’un des deux possède une chance « concrète », c’est être généreux.

Au lancement de la campagne, le Parti Québécois (PQ) et Coalition Avenir Québec (CAQ) n’étaient qu’à quelques points d’écart dans les intentions de vote, selon un sondage réalisé par Synopsis Recherche. Cela s’expliquait entre autres par le fait que la première ministre sortante Christine Fréchette avait réussi quelques beaux coups quand elle paraissait comme une vraie cheffe (la collaboration avec Mark Carney, l’entente avec Terre-Neuve-et-Labrador sur Churchill Falls).

Désolé pour les militants, les purs et durs pour qui la victoire ou la défaite de leur formation politique prime, mais au moins ça rendait la campagne intéressante. 

Depuis, un nouveau sondage de Synopsis Recherche révèle que le vent n’est plus dans la voile de la CAQ, qui plane à 22%. Ce n’est pas pour dire que le PQ s’envole avec un appui insurmontable. Le clan souverainiste ne récolte que 28%. Former un gouvernement – bien que minoritaire – avec moins de 30% des votes est hallucinant, mais personne n’a dit que la démocratie est parfaite.

Pour ce qui est du Parti libéral du Québec (PLQ), celui dont les analystes prédisaient qu’il ferait une course à trois, eh bien non. La troupe de Charles Milliard et, disons-le, Milliard lui-même, échouent à inspirer les Québécois. Et c’est toujours le même problème : les francophones ne s’intéressent pas à ce que le PLQ a à offrir. Considérez que dans la région de Montréal, la ville bilingue du Québec (oui, oui, il y a des anglophones dans la région de Sherbrooke, je le sais), le PLQ mène (de peu) avec 27% d’appui. Que ce soit dans la région de la capitale nationale ou ailleurs, les rouges ne peuvent faire mieux que 17%.

D’ailleurs, il y a un article fort intéressant publié par Radio-Canada en ce 14 septembre. Plusieurs anciens élus et stratèges du PLQ, sous couvert d’anonymat, ont beaucoup à dire sur la qualité de la campagne libérale. 

Le public a d’autres chats à fouetter

Il y a aussi la réalité que les Québécois ainsi que le reste du Canada ont d’autres priorités, notamment la guerre commerciale avec les États-Unis. Il y a la rentrée scolaire pour les jeunes adultes et les parents. Pour les amateurs de sports, septembre est un mois important (Grand Slam au tennis, camp d’entraînement des Canadiens de Montréal, la saison de la NFL débute, la saison de la F1 se concrétise, etc.).

Faisons attention. Ces distractions, dont celle inutilement propulsée par nos voisins du sud, ne sont pas un laissez-passer pour oublier la campagne provinciale. Au contraire, compte tenu des circonstances, il devient encore plus important de savoir ce qu’un gouvernement d’intérêt plus local fera durant un futur mandat.

Rencontres avec l’Union des producteurs agricoles (UPA), nouvelles stratégies pour rendre le système de santé plus efficace, de nouvelles promesses pour un équilibre budgétaire, les partis et leurs chefs n’ont pas manqué d’offrir des fleurs à l’électorat. Ce sont tous, sans exception, des sujets d’intérêt public. Franchement, il vaut mieux discuter de ces défis plutôt que de savoir s’il faut avoir un référendum dans les prochaines années, surtout avec des chiffres comme ceux-ci.

Et malgré cela, moi-même je n’arrive pas à passer beaucoup de temps à lire l’actualité qui traite de la campagne. Pourtant je trouve les élections fascinantes. Peut-être qu’il y aura une injection d’énergie et d’intérêt durant les dernières semaines. Ça ne sera pas la première fois que je garde qu’un œil moyennement concentré sur une élection durant la première moitié, mais que je m’y mets sérieusement pour la deuxième.

Après tout, la triste réalité est qu’aucun parti, aucun chef(fe) ne tiendra la moitié de ses promesses. Il faudra quand même évaluer le menu avant de passer au bureau de vote. J’y arrive, typiquement. Ma stratégie est souvent d’attendre la publication non seulement sur leurs plateformes électorales, mais aussi de la version abrégée. Plus facile à consommer, point par point. 

Campagne avec conséquences mais plate

Voilà l’élément qui, selon moi, caractérise cette campagne de 2026. Elle est importante. Toutes les élections le sont, surtout celle-ci, qui se déroule dans un chapitre de notre histoire politique et économique marqué par l’incertitude. Mais elle est plate.

C’est quoi le PQ sans le frisson d’un référendum sur la souveraineté? D’accord, Paul St-Pierre Plamondon voudra que Télé-Québec absorbe Radio-Canada. Prévisible. Il veut aussi avoir un certain contrôle sur la langue de socialisation dans les écoles? Bizarre. 

La CAQ est-elle si différente que ça sous Fréchette que sous Legault? Différente, oui, mais pas tant que ça. Elle est juste plus présentable, ce qui compte pour quelques points, avouons-le.

Québec Solidaire (QS) et le Parti conservateur du Québec sont deux formations qui, bien qu’elles fassent de leur mieux, n’arrivent pas à rejoindre l’imaginaire des Québécois. Éric Duhaime (Conservateur) n’est pas un chef populaire outre que dans son propre camp. 

QS a du fil à retordre pour faire croire à la masse que ce n’est pas un parti ultragauchiste. Un parti peut se planter loin à gauche sur l’échiquier politique s’il le veut, ce n’est pas un problème en soi. Le hic, c’est que l’électorat québécois n’est pas enclin à voter pour une telle formation. Si QS se fait ramasser le 5 octobre, et je dis ceci le plus diplomatiquement possible, ses partisans n’auront pas le luxe de dire qu’ils sont sous le choc ou abasourdis.

Il reste du temps avant le 5 octobre

Ceci dit, il reste un bon trois semaines avant le jour J. Qui plus est, les débats sont prévus pour le mardi 15 et le mercredi 16 septembre. 

En parlant d’éléments d’une campagne qui peuvent laisser le public sur sa faim : les débats. Souvent les candidats, en voulant croiser le fer, s’interrompent les uns les autres durant deux heures. Il y a aussi beaucoup de chiffres lancés, dont plusieurs doivent être vérifiés par les chercheurs pour savoir qui dit vrai et qui remoule subtilement la réalité.

N’empêche, les débats demeurent une belle occasion de voir les chefs de parti devant les écrans et le public et d’apprécier comment ils se comportent face à leurs adversaires.

Rappelons-le : le moment de déclic d’une campagne électorale peut survenir à tout moment.

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