Le titre de cet article est osé par exprès. Je ne pense pas, sincèrement, que l’existence même du Canada soit en danger. Du moins, pas dans l’immédiat. Ceci dit, des entités dans deux provinces canadiennes essaient de se donner les moyens pour passer aux urnes pour un référendum portant sur leur souveraineté. Quiconque devinera qu’une est le Québec, mais ça c’est du déjà vu dans la Belle Province. L’autre est l’Alberta. De quoi surprendre? Pas nécessairement.
Le rêve de René Lévesque
René Lévesque est l’un des grands hommes politiques de l’histoire québécoise. Très fier Québécois, avec des idées ambitieuses pour sa patrie, c’est lui qui a donné une grande impulsion à la nationalisation de l’hydroélectricité en 1963. C’était sous la bannière du Parti libéral du Québec (PLQ), dirigé par Jean Lesage.
C’est ensuite durant les premières années de l’existence du Parti Québécois (PQ), cofondé par M. Lévesque et mené au pouvoir en 1976, qu’on a vu la naissance du Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ), la Régie de l’assurance automobile du Québec (RAAQ) et la Loi 101 sur la protection de la langue française. Clairement, Lévesque et ses acolytes politiques avaient une vision pour l’avenir du Québec. Des projets faits par les Québécois et pour les Québécois.

Le projet de société a, en vain, renchéri en 1980 avec un référendum sur la souveraineté. Le résultat désiré par les indépendantistes n’était pas au rendez-vous : le « non » l’emporte avec 59,56% des voix.
Projet de souveraineté: prise deux
Une deuxième poussée en faveur de la souveraineté est tentée en 1995. Cette fois-ci c’est extrêmement serré, mais les efforts du Premier ministre péquiste Jacques Parizeau et du chef du Bloc Québécois Lucien Bouchard (parti qui se fait élire au Parlement fédéral pour militer exclusivement dans les intérêts du Québec) aboutissent avec 49,42% en faveur du « oui ».
Depuis cela, aucun troisième essai. En ce printemps de 2026, ça fait presque 31 ans depuis cette soirée historique du 30 octobre 1995. Soirée mémorable pour les deux camps, mais bien sûr pour des raisons opposées.
Rares sont les sondages effectués au cours des trois dernières décennies qui ont démontré que le projet d’indépendance avait réellement le vent dans les voiles. À l’occasion les réponses suggéraient qu’un peu plus de Québécois étaient attirés par le projet, mais sinon, pas assez pour mériter le déclenchement d’une troisième campagne référendaire.
Et pourtant.
Voilà la plus récente édition du PQ, guidée par Paul St-Pierre Plamondon, qui vise à organiser un vote sur l’indépendance du Québec lors de son premier mandat, si élu, bien sûr. Curieusement, aucun sondage ne semble appuyer cette idée. Je laisse les lecteurs avec, encore une fois, un lien pour le site quebec125.comavec les derniers résultats. Libre à ceux et celles qui veulent fouiller dans les archives des sondages des derniers mois et années.

Cela n’empêche pas le PQ d’avoir une avance, bien que courte, dans les intentions de vote. Peut-on vouloir donner une chance à un parti qui n’a touché au pouvoir que pour 18 mois durant les 23 dernières années, sans toutefois appuyer son ultime raison d’être? Oui, cela se fait. Est-ce un peu contradictoire? Cela dépend de ce qu’on veut pour l’avenir de la province.
L’indépendance albertaine
Voilà qu’une autre province se prononcera – d’une certaine façon – sur son indépendance possible vis-à-vis du Canada. C’est l’Alberta.
La première ministre Danielle Smith, cheffe du United Conservative Party (UPC), a annoncé la semaine dernière qu’en octobre une question de type souverainiste figurera parmi d’autres questions référendaires.
Choquant? Seulement si une personne ne prête attention à la fragilité de la fédération canadienne que du point de vue de ce qui se passe dans la Belle Province.

En réalité, ça fait des décennies que l’Alberta lutte politiquement avec Ottawa. Le nom Trudeau n’est pas le bienvenu chez eux. Pas seulement pour les politiques de Justin Trudeau visant à contrer le réchauffement climatique. La province étant une productrice importante de combustibles fossiles, ce que visait le fédéral était mal digéré, pour ne pas dire recraché par la province.
Cette rancune remonte à l’époque de Pierre Elliot Trudeau, qui a fait passer le National Energy Program en 1980. Ce programme permettait au gouvernement fédéral d’avoir un meilleur contrôle sur la production énergétique au pays, incluant le prix de revente. Depuis, les relations entre Calgary et Ottawa ont souvent eu un goût d’amertume.
Les communications semblent plus conviviales depuis l’élection de Mark Carney en avril 2025 (il a grandi en Alberta). Ce rapprochement en peu de temps a abouti à une entente pour un nouveau pipeline en direction du Pacifique.. Si tout va bien, la première pelletée de terre se fera en septembre 2027.
Et le « elbows up! » dans tout ça?
Il est incroyable de penser qu’au printemps et durant l’été 2025, le Canada se disait « elbows up! » face aux décisions politiques et économiques sauvages du président des États-Unis. Était-ce de la fierté canadienne? En quelque sorte, mais surtout un moment rassembleur pour naviguer dans des eaux géopolitiques violentes. Les industries automobiles, forestières, de matières premières et d’autres étaient – et sont toujours – en danger.
Douze mois plus tard, des forces politiques dans deux provinces y mettent toutes leurs énergies pour la souveraineté. Chose dont personne ne parle est que les négociations qui suivraient une victoire du « oui » seront longues et compliquées. Il y a des processus légaux compliqués pour gérer cela.
Pour ceux qui comprennent l’anglais, je vous invite à écouter la baladodiffusion Front Burner diffusée le 19 mai dernier. Dans cet épisode un des analystes et journalistes politiques les plus populaires au Canada, Andrew Coyne, explique en quoi consisterait ce scénario. De toute évidence, ce n’est pas une simple affaire de se réveiller le lendemain matin avec l’esprit tranquille. L’indépendance se fait, bien sûr, mais le processus est long et ardu.
Est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Eh bien, c’est justement ce qui rend le débat intéressant.
Tout ceci porte à croire que l’état naturel du Canada, au sens politique, est quand les provinces sont en querelle avec Ottawa et parmi elles. Cela n’empêche pas la fédération d’exister, puisqu’elle y est toujours. Cependant, le fait que seulement des épisodes de gravité politiques et économiques sévères produisent un effet rassembleur en dit long.
Peut-être que c’est la seule façon pour le pays de vivre. Toujours un jeu d’équilibre délicat entre les responsabilités du gouvernement fédéral et les champs de compétences des provinces. On ne peut pas satisfaire 100% des gens 100% du temps, c’est vrai. Dans le cas du Canada, on dirait que c’est le mode par défaut.
Gaffe à ceux et celles argumentant que la question référendaire en Alberta fonctionnera comme un clou dans le cercueil du mouvement souverainiste. Oui, l’appui est bas (environ 30%). Mais le « oui » s’est fait laver au Québec en 1980. Il y a quand même eu un deuxième vote. À en croire la confiance de Paul St-Pierre Plamondon, il y en aura un troisième.
Malgré ces défauts, le Canada fonctionne. Mais il faut se le dire, il demeure fragile.

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