L’extase du coureur

Nous vivons tous avec des défis, petits ou gros. Pas la peine d’embarquer dans les détails, mais moi aussi. Je suis aussi normal que toute autre personne et, dans le meilleur des cas, je – comme vous – trouve des moyens pour sortir de mes périodes creuses. La chance me sourit car un des outils dans ma trousse est non seulement bon pour le mental, mais pour le corps aussi. C’est la course à pied.

Une semaine lourde

Ces périodes qui nous mettent au défi sur le plan psychologique, émotionnel ou autre peuvent être passagères pendant quelques heures, comme elles choisissent de s’installer dans nos âmes durant des jours, des semaines, voire plus longtemps encore. 

C’est la dernière semaine qui s’est avérée lourde. Pourtant, il y avait l’anniversaire d’une personne qui m’est chère et j’ai pu passer du bon temps en de bonnes compagnies le week-end dernier. N’empêche, le temps était mauvais, le travail testait les limites de ma patience, et…et quoi d’autre? Ce n’est pas parce que nous ressentons quelque chose que nous pouvons toujours l’expliquer ou la définir. J’allais mal, voilà.

Il y avait une course lundi après le boulot. Fin d’après-midi grisâtre, mais la fraîcheur typique du début du printemps montréalais était substituée à un climat un peu doux. Le climat a sûrement eu une influence sur l’humeur. Jusqu’à quel point, je n’en sais rien, mais la fin de semaine dernière était grise et la pluie était au rendez-vous chaque jour.

Sauf vendredi. Un vendredi merveilleux.

Libération conditionnelle, mais libération tout de même

En fait, vendredi n’était pas une journée parfaite. Loin de là. Malgré ce fameux couple formé par le soleil et le ciel bleu que nous n’avions pas vu depuis fort longtemps.

Travaillant au bureau, mon horaire me libérait à 15 :30. Le hasard a refusé de signer le contrat. Je vous épargne les détails mais je n’ai respiré l’air dehors qu’à 17 :00 (je ne cherche pas la pitié des lecteurs et la confidentialité professionnelle oblige). Le temps de me rendre à la maison, changer mes vêtements, quelques étirements, il était 18 :00 passé.

La fatigue me traquait. Les émotions de la semaine me suppliaient de rester à la maison. Après tout, un petit vendredi soir avec de la bouffe, du basket de la NBA à la télé, la détente, etc.

Mais la réalité était que je n’avais pas couru depuis lundi. C’était il y a quatre jours. Allais-je succomber encore à la séduction de ce qui m’a justement empêché de courir mercredi (en plus du très mauvais temps)?

Le Grand Prix d’Edgar

La réponse était « non ». Un « non » plus que définitif, d’ailleurs. 

Je me suis récemment procuré un livre axé sur la science de la course à pied, rédigé par le Dr. Chris Napier et intitulé The Science of Running : Analyze your Technique, Prevent injury, Revolutionize your Training. Cela fait des années que je cours plusieurs fois par semaine, mais je compte augmenter mon appréciation de ce qui se passe dans notre corps durant cet exercice phénoménal.

Quelques lectures préliminaires sur internet – des sources de réputation – nous renseignent sur plusieurs bienfaits. Exemple : le rôle des hormones, dont l’endorphine. Selon un article du Dr. David J. Linden pour le site Johns Hopkins Medicine, il y aurait aussi quelque chose qui se nomme le système endocannabinoïde. Ce dernier est un neurotransmetteur et, en courant, sa quantité s’accroît dans le système sanguin, comme lors de d’autres exercices physiques. L’effet est similaire à un produit dont le nom figure dans « endocannabinoïde ».

L’extase de coureur, quoi.

Je suis parti de l’Île des Sœurs en direction du Circuit Gilles Villeneuve dans le parc Jean-Drapeau. Pour ce faire, il faut emprunter une petite piste cyclable, un mini-pont, qui longe le pont Samuel de Champlain nommée l’Estacade. Lorsque nous la descendons du côté de Brossard, le coureur ou le cycliste tourne à gauche pour suivre le chemin nouvellement pavé depuis l’été 2025. Dans le sens inverse il y a un beau, long parcours jusqu’à la ville de Sainte-Catherine.

Cette première partie de l’épreuve a duré 30 minutes et 50 secondes. Pas mal. En pleine forme je le réussis en 30 minutes. Ensuite, j’ai marché 10 minutes pour atteindre la partie de la piste qui se métamorphose en le légendaire circuit de Formule 1. Un tour a nécessité 19 minutes et 26 secondes. Grosso modo dans ma moyenne de l’été d’avant.

C’est surtout durant cette séquence que je me sentais libre de tout problème. La tête et le cœur légers malgré le fait que, en réalité, j’exerçais beaucoup d’efforts. Je l’ai sentie, cette extase du coureur. Je volais comme un char de F1.

Le chemin de retour

Quelques étirements et, disons-le, du temps pour reprendre mon souffle, j’ai ensuite marché lentement pour retrouver la piste qui ramène à l’Estacade. Le climat était parfait, tellement que, malgré le soleil couchant, ça m’allait de marcher avec de la musique ou une baladodiffusion dans les oreilles.

Oh, que non. De retour à l’endroit où je me suis arrêté après la première partie de mon épreuve, un nouveau souffle d’énergie s’est emparé de moi. Modestie et honnêteté s’imposent. Je n’ai PAS couru jusqu’à l’Île des Sœurs. Toutefois, les 10 dernières minutes solides pour rejoindre l’Estacade furent aussi joyeuses que les 50 premières.

Paint me like one of your French girls. Wearing only THIS.

Le pont des cyclistes s’est fait en promenade bien entendu, mais même à ce stade je ne sentais pas une fatigue intense et lourde. L’énergie était moindre, oui, mais cette fameuse extase du coureur m’a accompagné pour cette dernière étape. Devant moi à l’horizon, derrière un centre-ville de Montréal en pleine lumière, une lueur orangée charmante. Le dernier mot du soleil de la journée. Son « Bonsoir et à demain! »

La paix. Le silence. La fierté d’avoir complété la plus longue séance de jogging depuis le début du printemps. D’autres suivront. Par expérience, nous ne la sentons pas à chaque occasion, cette euphorie. Mais j’en avais besoin vendredi soir. Une longue semaine instantanément passée aux oubliettes. 

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