Plus je vieillis et plus je m’informe sur les tendances politiques, plus je suis convaincu que le public – au sens le plus large – a de la facilité à exprimer ce qu’il ne veut pas, mais ne sait pas identifier ce qu’il veut. Les sondages effectués auprès du public devraient nous donner des indices de ses désirs et aspirations. La dernière année, tant au Québec qu’au Canada, me donne l’impression du contraire.
Mark Carney vs Pierre Poilièvre
Pour cette analyse je me fie surtout au site 338canada.com (qc125.com en français), conçu et géré par le professeur de CEGEP et analyste de sondages, Philippe J. Fournier. Tout comme lui, j’aime les chiffres et les statistiques. Cependant je ne possède ni la détermination ni l’énergie pour entretenir un site qui commande des sondages et compile leurs résultats au fil des semaines, mois et années.
Ceci étant écrit…
Ah, imaginez comment se sentait le Parti Conservateur du Canada (PCC) en décembre 2024. Avec leur chef de troupe Pierre Poilièvre qui mitraillait le Parti Libéral du Canada (PLC) de critiques sévères, les Conservateurs avaient le vent dans les voiles.
Force était de constater que les Libéraux étaient en chute libre dans les sondages. Après 10 ans au pouvoir, les gens étaient tannés des Libéraux et, on va se le dire, surtout du Premier ministre Justin Trudeau. Le 5 janvier 2025, le PCC avait l’appui de 45% des personnes sondées pour leurs intentions de vote, alors que le PLC tirait de l’arrière avec 20%.
Donc, étaient-ce les Conservateurs et Poilièvre qui avaient trouvé la recette magique pour charmer l’électorat, ou une haine, une rage, contre le parti qui gouvernait?

Une réponse a été fortement suggérée en avril 2025 alors que le PLC a renversé la tendance de manière magistrale, remportant l’élection fédérale, bien qu’avec un gouvernement minoritaire à la Chambre des communes.
Qu’est-ce qui avait changé? Une menace inédite provenant des États-Unis avec un président qui se moquait des règles de l’art des relations diplomatiques et commerciales entre alliés. Ensuite, un nouveau chef pour les Libéraux : Mark Carney.
Il était différent de Trudeau. Ce dernier chantait les louanges de toute idée qui penchait à gauche sur l’échiquier politique. Quant à Carney, il incarnait une vision plutôt centriste, pour ne pas dire centre-droite.
Ce que le public ne veut pas : version fédérale
Que voulait le public? Un diplomate pour contrer les menaces du président américain Donald Trump, du changement à Ottawa, ou les deux? Autre hypothèse : à force d’écouter Carney lors de la campagne électorale en mars et avril 2025, l’électeur trouvait qu’il sonnait correct. Comme un chef d’état, quoi. Poilièvre semblait (et semble toujours) incapable de laisser de côté de petit côté chialeur, presque rancunier. C’était facile de chialer contre Trudeau. Contre Carney? Pas trop.
On parle alors d’un vote contre quelque chose. Contre un parti, une personne (Poilièvre). Même un vote en faveur du PLC et de Mark Carney pouvait être interprété comme un vote contre les États-Unis. « Carney va nous défendre contre Trump ».
Il est vrai que la base conservatrice était et demeure relativement forte. Cela fait un an que, malgré la défaite à l’élection de 2025, le PCC est souvent entre 35% et 39% d’appui auprès de l’électorat. En temps normal, ces chiffres sont très bons, sauf que nous ne sommes pas en temps normal – pas avec tout ce qui se passe dans le monde – et, de ce fait, la 3e plus grande formation au fédéral, le Nouveau Parti Démocratique (NDP), est loin, loin, loin derrière.

Selon les plus récents chiffres notés par 383canada.com, en date du 3 mai 2026, le PLC obtient 46% d’appui et le PCC 35%. Quelle impressionnante première année au pouvoir pour cette nouvelle version des Libéraux.
Nouvelle version?
Oui.
Le vendredi 15 mai, le Premier ministre était en visite à Calgary et, côte à côte avec la Première ministre albertaine Danielle Smith, a fait l’annonce d’un projet de pipeline qui traverserait l’Alberta pour aller en Colombie-Britannique.
Cela n’était qu’un exemple des décisions prises sur 12 mois qui allaient directement à l’encontre de celles prises par la version du PLC menée par Trudeau. Suspension de la taxe carbone, rencontre avec la diplomatie chinoise (n’oublions pas la saga des deux Michael, avec la diplomatie indienne (n’oublions pas l’assassinat d’un Canadien d’origine sikh), le projet de loi C-5 pour stimuler l’économie et qui accorde des pouvoirs assez considérables au cabinet, etc.
Permettez-moi de me clarifier. Un parti au pouvoir gouvernera comme bon lui semble dans les règles de l’art et selon ce qu’il croit être la meilleure piste à suivre pour le pays.
Dans ce contexte, soit le public prête nullement attention à ce que fait Carney et les Libéraux (ce qui ne me surprendrait point), soit le public s’est entendu qu’après 10 ans d’un gouvernement de gauche ça en prendrait un plus de droite (ce n’est pas la raison d’être du PCC, pourtant?), soit le public déteste tellement la marque de commerce du PCC et de Poilièvre qu’il est totalement confortable avec un PLC qui gouverne pas mal comme le ferait le PCC, en autant que, bref, c’est pas ce fils de p*te Poilièvre.
Ce que le public ne veut pas : version provinciale
Je fais le même constat avec la politique québécoise. La province passera aux urnes le 5 octobre. Toujours selon 125qc.com, les intentions de vote dans la Belle Province sont très intéressantes.
Avec la dégringolade de la Coalition Avenir Québec (CAQ) depuis fin 2024, le Parti Québécois (PQ) est ascendant. Son chef, Paul St-Pierre Plamondon, est très clair sur le sujet d’un référendum sur la souveraineté. Si le PQ l’emporte aux prochaines élections, il y en aura un lors du premier mandat péquiste.
Le Parti Libéral du Québec (PLQ) était supposé exister en hibernation quelque temps depuis la performance pitoyable de l’élection de 2022. Il y a eu une minuscule recrudescence après que Pablo Rodriguez a remporté la course à la chefferie en juin 2025. Rien d’impressionnant, toutefois. Qui plus est, son tour comme chef du PLQ s’est conclu en cauchemar en décembre 2025 suite à des allégations de mauvaises pratiques au sein du parti. Depuis, Charles Milliard a été couronné le nouveau chef en février de cette année.
Malgré toutes les critiques envers le PLQ depuis l’ère de Jean Charest, malgré toutes les raisons pour croire que sa marque de commerce est représentative de la médiocrité, ils sont, en date du 13 mai, à deux pour cent du PQ dans les intentions de vote (32% contre 30%).
Il faut comprendre que les habitudes de l’électorat québécois et la division des régions sur la carte électorale font en sorte que, malgré ces chiffres serrés, le PQ a quand même des chances de mener un gouvernement majoritaire à l’Assemblée nationale.

N’empêche, est-ce que la réalisation par le public qu’un gouvernement péquiste se traduirait par un référendum sur la séparation fait en sorte que, au final, le PLQ ne soit pas si pire?
Si tel est le cas (et j’insiste : si), nous adoptons la même mentalité qu’au niveau fédéral, bien qu’inspirés par des choix différents. Le commun des Québécois ne veut pas de référendum, et donc votera pour un parti autre que le PQ ou Québec Solidaire (QS). Pas parce que le PLQ inspire fierté ou confiance.
Peut-être que j’ai tort. Je veux avoir tort. L’idée que la majorité du public fait son choix électoral en fonction de ce qu’il n’aime pas ou ne veut pas plutôt que ce qu’il veut n’inspire pas confiance. C’est porter au pouvoir des personnes qui ne militent pas nécessairement pour des idées avec lesquelles nous sommes en accord. C’est juste qu’on aime vraiment, vraiment pas l’autre idée ou l’autre personnalité.
D’où l’importance de demeurer bien informé. La politique n’est pas sexy, mais, qu’on le veuille ou non, elle est importante. Notre argent, nos lois, notre avenir, notre sécurité, notre culture, notre identité collective, tout cela et plus encore sont influencés par ce qui est débattu entre nos élus.
Personnellement, je préfère sélectionner le choix que je veux et non strictement agir contre ce que je n’aime pas.

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